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Garantir l’identité à l’ère de l’IA générative : enjeux et perspectives

L’identification des individus, pivot de la relation entre l’administration et le citoyen, est aujourd’hui confrontée à des bouleversements sans précédent. Les récents progrès en matière d’automates intelligents, de systèmes génératifs et de manipulation numérique (deepfakes – hypertrucages, voix de synthèse, etc.) remettent en question les mécanismes qui sous-tendent l’authentification de chaque personne. Pour comprendre l’ampleur de ce défi, il est nécessaire de revenir sur la façon dont les États modernes ont progressivement construit le lien juridico-administratif entre l’individu et l’autorité centrale.

 

A. L’essor d’une relation solide entre citoyen et État

  1. De la communauté locale à la centralisation
    Depuis le régime monarchique en France avant la Révolution de 1789 et jusqu’à aujourd’hui, les sociétés européennes ont progressivement délaissé le modèle reposant sur des conseils d’anciens, la confiance interpersonnelle et les serments, au profit de systèmes centralisés. Les évolutions historiques ont abouti à la reconnaissance de droits et de devoirs individuels, dont l’application dépend de la faculté à identifier chacun grâce à des documents officiels (passeports, cartes d’identité, etc.).
    • Témoin direct : Autrefois, le magistrat savait qu’il interrogeait le bon individu grâce à des témoins locaux disposés à jurer de son identité.
    • Témoin institutionnel : Désormais, c’est l’institution étatique qui certifie l’identité grâce à des procédures administratives et policières.
  2. Individualisme et documents d’identité
    Cette transition vers l’individualisme, déjà analysée par l’anthropologue Louis Dumont, s’est appuyée sur l’idée que chaque personne doit exister par elle-même, sans dépendance vis-à-vis du groupe familial ou d’une communauté locale. Les documents d’identité, délivrés par l’administration, soutiennent cette autonomie en garantissant à chacun une reconnaissance officielle, tant dans le monde physique que numérique.
  3. La confiance dans le système d’authentification
    Le bon fonctionnement de ce dispositif implique une confiance mutuelle :
    • Confiance dans la production : Les services administratifs produisent des documents fiables, difficilement falsifiables.
    • Confiance dans la vérification : Les services de contrôle authentifient le document et l’identité de la personne qui le présente.

 

B. Les menaces liées aux automates et à l’IA générative

  1. Un potentiel d’usurpation d’identité inédit
    Les systèmes d’intelligence artificielle capables de générer de fausses images, d’imiter la voix, de synchroniser les lèvres ou de reproduire de façon extrêmement fidèle l’apparence d’un individu représentent une menace directe pour les mécanismes d’authentification. Les techniques de deepfake (hypertrucage), notamment, facilitent la contrefaçon de documents numériques et la création de fausses preuves vidéo ou audio.
  2. Intrusion dans les grands silos de données
    Parallèlement, la capacité des cyberattaquants à pénétrer dans d’importantes bases de données gouvernementales ou privées augmente rapidement. Les informations personnelles (noms, dates de naissance, adresses, signatures biométriques, numéro d’assurance sociale) stockées à grande échelle deviennent ainsi vulnérables à des actions malveillantes qui peuvent alimenter la fraude et l’usurpation d’identité.
  3. Vers un risque de perte de crédibilité systémique
    Aujourd’hui, ces menaces mettent déjà en péril la fiabilité de certaines plateformes d’e-commerce et de certains services publics en ligne. À terme, si la confiance dans les documents administratifs et les processus de vérification venait à s’effondrer, c’est le fondement même de l’organisation sociétale qui serait ébranlé. L’impossibilité de certifier l’identité de chacun compromettrait tout transfert de valeur (monétaire ou autre) et saperait la relation État-citoyen basée sur l’individualisme reconnu juridiquement.

 

C. Perspectives et scénarios à considérer

  1. Consolidation des technologies de sécurité
    • Authentification forte : Développer des solutions d’authentification multi facteur, recourant notamment à la biométrie avancée (empreintes digitales, reconnaissance faciale certifiée, etc.).
    • Blockchain et registre distribué : Explorer des solutions basées sur des registres distribués (chaînes de blocs) pour améliorer la traçabilité et la transparence des vérifications d’identité.
  2. Renforcement réglementaire et coopération internationale
    • Cadre législatif : Mettre à jour les lois sur la protection des données et la responsabilité des fournisseurs de technologies IA afin de clarifier les obligations de chacun.
    • Partenariats public-privé : Les États, souvent moins dotés en ressources que certaines grandes entreprises, doivent instaurer des alliances avec le secteur privé pour développer des standards communs de sécurité et partager des informations sur les menaces émergentes.
    • Souveraineté numérique : Entre autres bénéfices, cela faciliterait l’application des lois, règlementations et normes garantissant la fiabilité du processus d’identification des individus. La R.G.P.D. est un premier pas dans cette direction. 
  3. Sensibilisation et éducation du public
    • Formation aux risques numériques : Informer davantage la population sur les méthodes de fraude (deepfakes, hameçonnage, etc.) et sur les précautions élémentaires à adopter.
    • Culture de la confiance : Promouvoir un usage responsable et éthique des technologies d’IA, en explicitant les enjeux liés à l’identité numérique.
  4. Innovation technologique maîtrisée
    • Contrôle de la chaîne de confiance : Développer des solutions d’intelligence artificielle capables de détecter et de signaler les faux, tout en garantissant le respect de la vie privée.
    • Renforcement des capacités étatiques : Investir dans la recherche et le développement pour que les acteurs publics conservent la maîtrise des technologies d’authentification, plutôt que de la déléguer entièrement à des multinationales. Il est aussi nécessaire d’éduquer la population, afin que ses usages participent de l’effort de l’État.

Ma Conclusion

Les avancées en matière d’automatisation et d’intelligence artificielle constituent à la fois une opportunité et une menace pour la garantie de l’identité. Malgré les risques de fraude et de manipulation, des solutions existent : des mécanismes de sécurité renforcés, des cadres réglementaires adaptés et une coopération étroite entre secteur public et secteur privé. L’avenir de l’identité numérique dépendra de la capacité des États et des entreprises à préserver la confiance dans les systèmes d’authentification, condition sine qua non de la stabilité sociétale et économique.

La réflexion autour de ces questions est cruciale. Les gouvernements, institutions internationales et acteurs industriels doivent s’engager collectivement pour anticiper les dérives possibles et consolider les fondements de l’identité à l’ère de l’IA générative.

Références

Julien Buseyne, Ph.D

Artificial Intelligence (AI) and machine learning expert,
human-machine relationships explorer.

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